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Catalogne française

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La Catalogne française, capitale Perpignan, tient plus de la Castille et de la Sicile que de la Côte d’Azur, et c’est une chance pour cette région, que sa beauté sèche, son aridité belliqueuse en éloignent (sauf sur les plages, évidemment) les touristes sans âme. À part Collioure et Céret, jolies bourgades qui furent il y a cent ans le foyer de la peinture d’avant-garde (Soutine, Matisse, Derain, Picasso), les villes et les villages ne présentent pas beaucoup d’intérêt. Les beaux monuments sont les monuments isolés, accordés à la solitude lumineuse et à l’éclat solaire du pays.

Perchées dans les Corbières, cette chaîne de montagnes où les garrigues stériles alternent avec les roches dénudées, les ruines de châteaux cathares gardent fière allure. Dans leur carcasse démantelée, palpite encore l’esprit de cette secte intransigeante, pour qui le principe du mal était absolu et le laxisme catholique une abomination. À Quéribus, la plus sauvage de ces forteresses, à pic sur un précipice, on sent que cette terre était faite pour accueillir une hérésie fondée sur le refus et les compromissions.

La fraîcheur et l’apaisement de la pénombre, on les trouvera sous les voûtes des abbayes romanes, deuxième trésor de la Catalogne. Le nom de Saint-Michel de Cuxa, près de Prades, a fait le tour du monde auprès de Pablo Casals, exilé volontaire de l’Espagne franquiste, eut choisi pour son festival de musique l’ample nef et le cloître ornementé. Le cloître d’Elne, le prieuré de Serrabone, perdu dans la montagne, l’abbaye en grès rose de Fontfroide, au fond d’un vallon, le monastère de Saint-Martin du Canigou, auquel on ne peut accéder qu’à pied, tant la pente pour y monter est raide, comptent parmi les merveilles de la région.

Mais il est une autre richesse plus secrète que les châteaux et sanctuaires. Dans les petites églises de village, si on a la chance de se les faire ouvrir, on découvre fasciné des retables baroques, dont le bois doré brille dans le clair-obscur. Des sculpteurs espagnols, dont le grand Joseph Sunyer, qui réalisa les immenses et magnifiques retables de Prades et de Collioure, n’ont pas dédaigné des travaux plus modestes. À Los Masos, un minuscule hameau, on est stupéfait de voir les sept panneaux en bois doré qui reproduisent les sept tableaux de Poussin illustrant les sept sacrements. Ailleurs, c’est une crucifixion de Rubens qui a été interprétée en bas-relief. Ce qui signifie que les chefs-d’œuvre du baroque circulaient à travers l’Europe, sous forme de dessins ou de gravures, et que, dans une province aussi reculée que le Roussillon, la leçon des grands maîtres n’était pas perdue.

Ces trois circuits, cathare, monastique et baroque, tracent des pistes dans une nature très accidentée, dont la beauté se suffirait à elle-même. Je ne connais rien de plus grandiose qu’un coucher de soleil derrière le Canigou, qui culmine à presque trois mille mètres, et projette son ombre géante sur les forêts de chênes-lièges, les rangées de vignes, les vergers d’abricots.

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