En 1902, Rainer Maria Rilke se présente à l’atelier d’Auguste Rodin pour écrire, sur commande, une monographie. Il a 27 ans, Rodin en a 62. La première phrase du maître n’a rien d’aimable, « Pourquoi m’avez-vous envoyé ce poème ridicule ? »
L’amitié naît pourtant. Et la presse a longtemps oublié un détail, Rilke avait épousé l’année précédente Clara Westhoff, sculptrice et ancienne élève de Rodin. La porte d’entrée existait avant la lettre.
Rilke publie sa monographie en 1903. Rodin ne la lit qu’en 1905, en traduction française, et rappelle aussitôt l’auteur à Meudon pour lui confier son secrétariat. Un peu plus d’un an durant, le poète sert l’homme dont il avait fait l’objet de son admiration. C’est lui, plus tard, qui fera découvrir à Rodin l’hôtel particulier près des Invalides qui deviendra le musée Rodin.
La leçon dépasse l’histoire de l’art. Aucune œuvre, même reconnue, n’existe durablement sans le texte qui l’écrit. Le texte fixe l’interprétation, ouvre la postérité, garde la trace. Rodin avait Rilke.
La Fondation Pierre Gianadda relit ce dialogue du 26 juin au 22 novembre, dans une exposition du Musée Rodin de Paris.
👉 L’article « Rodin par Rilke, la gouge et la plume » de Clément Bénech est a lire dans Artpassions N° 85.
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Crédit : Rainer Maria Rilke et Auguste Rodin devant le péristyle du Pavillon de l’Alma à Meudon en 1906, musée Rodin, Ph.16496 © musée Rodin
Pourquoi le sculpteur le plus célèbre d’Europe a-t-il eu besoin d’un poète de vingt-sept ans pour être compris ?
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